Ciné-club en baie présente « Les Petites Fugues » film suisse de Yves Yersin.Grand Prix d’Interprétation pour Michel Robin Locarno 1979 et Prix Œcuménique Locarno 1979. Diffusion le vendredi 16 Novembre à 20h30,salle des fêtes de Carolles(45 rue Division Leclerc)

L’art de la fugue à Mobylette

Le cinéma suisse ne se limite pas à Alain Tanner ou Claude Goretta. En 1979, le jeune Yves Yersin prenait la clé des champs avec le joliment titré les Petites fugues. Ce film délicieusement nonchalant s’attache à Pipe, un vieil ouvrier agricole du canton de Vaud (Michel Robin, dans son plus beau rôle) qui, au bout de trente ans de dur labeur chez le même patron, s’achète une mobylette et part à la découverte du monde. Point de départ de scènes burlesques ­ l’apprentissage douloureux du «vèlau» ­ et poétiques ­ Pipe découvrant le Mont-Blanc à bord d’un hélico. L’initiation tardive de Pipe aura des répercussions sur tous les habitants de la ferme: le fils veut moderniser l’exploitation et la fille se rebelle contre l’autorité du père. Au final, un petit bijou de chronique rurale.

Près de quarante ans après, le charme des Petites Fugues reste intact. Il doit beaucoup à l’étonnante présence comique de Michel Robin, qui évoque autant le burlesque de Tati que le physique hors norme de Michel Simon. L’apprentissage de la conduite par Pipe, sa virée très alcoolisée lors d’une course de motocross sont irrésistibles. Le film est tout aussi réussi dans ses moments plus contemplatifs : Yves Yersin, brillant documentariste de formation, filme alors le quotidien de la ferme dans un style naturaliste ou s’autorise, au contraire, de belles parenthèses poétiques. Quand Pipe parvient enfin à dompter son « vélo », la caméra décolle du bitume pour prendre de la hauteur. Comme un envol vers la liberté…

 Samuel Douhaire

La bande-annonce

                                                       Yves Yersin Réalisateur

Yves Yersin né le 4 octobre 1942 est un réalisateur, producteur de TV suisse, connu notamment pour son long métrage Les petites fugues et la mise en image du spectacle Zouc à Bobino.
Spécialisé au départ dans la photographie de publicité, puis formé au métier de cameraman, Yves Yersin réalisera de nombreux documentaires ethnologiques. Son long métrage Les petites fugues, coproduction franco-suisse lui apportera une certaine renommée dans le milieu cinématographique.
Yves Yersin a donc moins de quarante ans au moment du tournage des Petites fugues et pourtant un long passé documentariste « de l’espèce la plus rare : celle des ethnographes-poètes. Pas de froids entomologistes armés d’une caméra et d’un Nagra mais des vivants filmant d’autres vivants et pour qui ce n’est pas de capter à tout prix qui compte mais de comprendre. » (Michel Bujot, Les Nouvelles Littéraires 1979)
 
 
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Ciné-club en baie présente un film de Henri Colpi « Une aussi longue absence » Scénario et dialogues de Marguerite Duras Palme d’Or Festival de Cannes 1961 et Prix Louis Delluc .Diffusion le vendredi 19 octobre 20h30 salle des fêtes de Carolles. Suivi de l’intervention de Marie-Christine Delaunay (Psychiatre)

Suite à un changement de programmation indépendant de notre volonté, le ciné-club en baie vous informe d’un changement de programme pour le mois d’octobre. Le film prévu « Un Femme Douce » de Robert Bresson ne pouvant être diffusé, il sera remplacer par « Une aussi longue absence de Henri Colpi. Nous vous prions de nous excuser et nous vous remercions de votre compréhension                                             Réalisé par HENRI COLPI
Avec Alida Valli, Georges Wilson, Charles Blavette, Amédée, Paul Faivre

Durée : 1h34. – Genre : Drame
Sortie nationale le 03/02/2016 – En salle depuis le 20 juillet 2016

Synopsis

Depuis la disparition de son mari, déporté par les Allemands en 1944, Thérèse Langlois tient seule son café à Puteaux. un clochard passe régulièrement devant le café et thérèse, après quelques hésitations reconnaît formellement son mari, déclaré mort depuis quinze ans…
Mais ce clochard est amnésique, et malgré les efforts de Thérèse, il ne la reconnaît pas plus qu’il ne reconnaît les membres supposés de sa famille qu’elle va faire venir à Puteaux.Il a perdu la mémoire de tout ce qui précède son réveil dans un champ allemand, après une évasion probable d’un camp de concentration. Il ne se souvient d’aucun élément de son passé d’avant ce réveil.
Il n’a qu’une mémoire, celle de la musique, de la musique italienne d’opéra, mais ignore d’où cette mémoire lui vient.

Liens  http://www.larampecinema.com/histoire-du-cinema/60-annee-1960/20-audrey-chiari.html

Critique lors de la sortie en salle le 29/09/2012

Par Pierre Murat

| Genre : comédie dramatique.

A partir d’un fait divers, sur des dialogues magnifiques de Marguerite Duras, Henri Colpi, monteur d’Alain Resnais, a réalisé un film envoûtant et musical sur la mémoire. La femme cherche inlassablement à faire retrouver des bribes de souvenirs à cet homme qui n’en a plus, effrayé de la soudaine attention qu’on lui porte. Déchirante réflexion sur le doute et sur l’espoir obstiné d’une femme, au-delà de la logique, à la frontière de la déraison. Impossible d’oublier Alida Valli et Georges Wilson écoutant un air d’opéra, dans le café désert, devant un juke-box qui, soudain, prend des airs de scène de théâtre miniature. La chanson Trois Petites Notes de musique, écrite par Colpi et Delerue, créée par Cora Vaucaire, reprise par Juliette Gréco et Yves Montand, est devenue un classique.

Bande annonce

 

 

 

En ouverture de sa 6ème édition ciné-club en baie présente « Seule dans la nuit un film de Terence Young avec Audrey Hepburn »Vendredi 21 Septembre 20h30.Salle des fêtes de Carolles.

Afin de renouveler votre carte d’adhésion, saison 2018/2019 les membres du bureau seront présents à la salle des fêtes de Carolles (45 rue Division Leclerc) dès 20h00

Synopsis

A l’aéroport de New York, Lisa, un jeune mannequin, se voit contrainte de confier une poupée remplie d’héroïne à Sam Hendrix, un photographe, qui ignore bien entendu le contenu du jouet. Lisa espère ainsi tromper les trafiquants pour lesquels elle travaille depuis quelque temps. Mais Roat, le chef du gang, découvre rapidement le stratagème. Il assassine Lisa et contraint Mike Talman et Carlino, ses acolytes, à faire disparaître le corps. Puis, ayant retrouvé la trace de Sam Hendrix et compris qu’il détenait toujours le précieux objet, Roat et ses complices se rendent chez lui. Ils ne trouvent que Susy, sa femme, une aveugle. Profitant de son handicap, ils lui font croire que son mari la trompe et qu’il est compromis dans le meurtre de sa maîtresse. Les truands se mettent alors à fouiller la maison, à la recherche de la poupée…

Critique

Par Anne Dessuant

| Genre : huis clos.

Susy est aveugle, et, comme elle a perdu la vue depuis moins d’un an, elle a souvent peur quand elle se retrouve seule : un cendrier qui prend feu et la voilà paniquée, impuissante, réduite à néant.

Par un sombre concours de circonstances, elle se trouve en possession d’une poupée bourrée d’héroïne. Plusieurs malfrats sont à sa recherche. Son mari est envoyé à l’autre bout de la ville pour un rendez-vous d’affaires fictif : Susy, seule, reçoit la visite de plusieurs inconnus, faux inspecteur de police et vrai méchant, et les événements s’affolent…

Terence Young ne renie jamais l’héritage théâtral de son film (le scénario est adapté d’une pièce de Frederick Knott, ­déjà auteur de Le crime était presque parfait et de La Corde), il en fait un usage totalement cinématographique en jouant avec la topographie du lieu unique, un appartement en entresol, fermé, presque aveugle lui aussi. Les personnages fouillent dans toutes les pièces, se cachent, vont et viennent sans cesse et permettent au spectateur d’enregistrer les lieux. La scène finale, partie de cache-cache partiellement tournée dans l’obscurité, atteint alors un paroxysme terrifiant. Les rôles s’inversent à volonté : l’héroïne est aveugle, le tueur, non ; elle a les yeux écarquillés, il porte de petites lunettes noires même dans le noir. Aucune certitude ne dure très longtemps, aucune feinte n’est définitive. L’obscurité est tour à tour inquiétante et salvatrice — la faible lumière d’un frigo peut être fatale. Audrey Hepburn, vulnérable, fait de son handicap une arme redoutable face à un tueur cabotin et sinistre.

Il est très insolite de retrouver Audrey Hepburn dans un thriller angoissant. Le film remplit assez bien le cahier des charges du thriller et reste un excellent divertissement, notamment grâce à une atmosphère unique et une interprétation magistrale.

Adapté d’une pièce à succès de Frederick Knott, le scénario paraît simple mais le début est assez complexe. Quelque peu lent, le début instaure les bases de l’histoire peu évidentes à comprendre, il faut une demie-heure pour bien tout saisir. Ensuite le scénario use de beaucoup d’ingéniosités et la structure narrative est sans reproche. L’enquête menée par Susy pour comprendre la situation dans laquelle elle se trouve est très intéressante à suivre et jamais ennuyeuse, même si le rythme diminue à certains moments. Le spectateur est tenu en haleine et veut aider la femme et surtout, ce qui est le plus intéressant à mes yeux, c’est de voir comment une aveugle va procéder pour comprendre cette situation inédite. Pour cela, elle use d’ingéniosités, toutes dignes d’intérêt. La montée en tension est progressive jusqu’à aboutir à une fin haletante, à la manière de Charade, même si l’issue finale reste sans surprise ce qui n’est pas obligatoirement un défaut. L’intérêt du film n’est pas de voir si elle va arriver à se sauver mais comment ou de quelles manières elle va y arriver. La progression est lente et tortueuse, comme la musique de Mancini. Alors que l’écran est noir et que le spectateur devient aveugle comme Susy et son ravisseur, seuls les bruits sont percevables. D’ailleurs, à l’époque, les responsables des cinémas éteignaient graduellement l’éclairage lors des 12 dernières minutes du film, au fur et à mesure que Susy casse les ampoules. Son handicap va alors devenir un avantage. La mise en scène est théâtrale. Les personnages entrent et sortent de l’appartement, sans tout de même que le film devienne une pièce de théâtre, à la manière de La corde et Le crime était presque parfais, réalisés par Hitchcock qui sont d’ailleurs adaptés des pièces de Knott. L’appartement entresol fermé est presque aveugle lui-aussi. Il y a peu de pièces, de façon qu’il y ait peu d’endroits pour se cacher, et donc peu d’issues pour Susy. Elle est interprétée magistralement bien par une actrice fantastique, Audrey Hepburn, qui contribue grandement au charme du film et prouve encore qu’elle est une des plus grandes actrices, capable de jouer n’importe quel rôle, allant du comique au tragique. Audrey Hepburn a fréquenté une école pour aveugles et porté des lentilles pendant le tournage afin de rendre son regard moins expressif. Les autres acteurs, Alan Arkin et Richard Crenna, livrent une bonne prestation.

Film Annonce

 

The Blues Brothers le film écrit et réalisés par John Landis et Dan Aykroyd avec John Belushi et Dan Aykroyd au ciné-club en baie de Carolles.Vendredi 22 Juin à 20h30

Synopsis

Jake et Elwood Blues veulent reformer leur groupe de rhythm’n’blues et donner des concerts afin de gagner les 5000 dollars nécessaires à la survie de l’orphelinat de leur enfance, menacé de fermeture par le fisc. Leur projet s’annonce difficile à réaliser. Poursuivis par la police, une bande de néonazis, des musiciens et une femme mystérieuse, animée d’une rancune tenace, les Blues Brothers se trouvent mêlés à des aventures plus rocambolesques les unes que les autres. Grâce à leurs facéties, ils parviennent toujours à s’en sortir sans trop de problèmes. Mais les catastrophes pleuvent de tous côtés et les voilà bientôt submergés par les événements qui s’accumulent…

La société Universal Studios, qui avait gagné la guerre des enchères qui s’était développée pour acquérir les droits du film, espérait profiter de la popularité de John Belushi dans le sillage de l’émission Saturday Night Live, de la comédie « Animal House » (1978) et du succès musical des Blues Brothers. Cependant, elle s’est vite trouvée incapable de contrôler les coûts de production. Le début du tournage a été retardé, car Dan Aykroyd, débutant scénariste, a pris six mois pour livrer un script très long et peu conventionnel, que John Landis a dû réécrire avant de démarrer la production. Cette dernière a commencé sans budget final défini. Sur place, à Chicago, les fêtes et l’usage de drogues de John Belushi, ont causé des retards prolongés et coûteux qui, avec les courses-poursuites destructrices de voiture, comme on peut le constater à l’écran, ont fait que le film final fut l’une des comédies les plus chères jamais produites.

« The Blues Brothers » est finalement paru aux États-Unis le 20 juin 1980 et a obtenu des commentaires généralement positifs de la part de la critique. Le film a rapporté près de 5 millions de dollars lors de son week-end de lancement et a finalement engrangé plus 115 millions de dollars de recette mondiale pour un budget de 30 millions de dollars. Il est devenu un film culte, un classique, probablement renforcé par la disparition de John Belushi en 1982.

Les deux personnages principaux représentent pleinement deux habitants des villes bouillantes avec son lot de pauvreté et de misère sociale. Deux personnes ayant un cynisme total avec une vision du monde particulièrement simpliste et étroite. Cette désinvolture s’intègre parfaitement dans les autres éléments du film. Cependant, il y a de la place, au milieu du carnage et du chaos, pour une quantité surprenante de grâce, d’humour et de fantaisie. De plus, avec le temps, on a pu constater que le film a relancé les carrières de presque tous les musiciens qui y apparaissent. Ce métrage, au moment de sa sortie, fut probablement le meilleur film musical depuis longtemps.

Ciné-club en baie diffuse le dernier film de Aki Kaurismäki « l’Autre Côté de l’Espoir » Vendredi 18 Mai 20h30 à la salle des fêtes de Carolles

                             Tout l’espoir du monde dans un film

Synopsis

     On retrouve dans ce grand film, L’autre côté de l’espoir, tout ce qui fait partie du style si attachant de d’Aki Kaurimäki : un comique décalé qui met à plat le tragique des histoires racontées en les vidant de tout pathétisme et de toute complaisance ; un burlesque minoré par l’absence de pirouettes esthétiques ou d’une signature surlignée ; une indolence poétique qui rend le récit empathique, tant cet univers pouvait facilement glisser dans le je-m’en-foutisme. La mise en scène, à l’élégance un peu rude, dans une tendresse faussement aride, fusionne minimalisme et mélodrame pour décrire de façon poignante le malheur des hommes et des femmes, la cruauté sociale et bureaucratique et l’altérité inaliénable de personnages en quête de bonheur.

Il est difficile de ne pas être ému – voire jusqu’aux larmes – par le destin des personnages du film. Fâcheux destin certes, mais qui débouche sur un optimisme aussi extraordinaire qu’inattendu, car basé sur une générosité fondamentale, qui n’a pas encore été écorchée par la violence et les coups bas auxquels cèdent certains. En fait, il y a deux destins qui se rejoignent dans une série de saynètes minutieusement mises en scène. Un : celui de Wikström, qui décide de tout abandonner, son emploi de représentant de commerce de chemises et sa femme alcoolique ; il vendra tout, jouera son argent et gagnera le gros lot qu’il investira dans l’achat d’une brasserie miteuse. Et l’autre : celui de Khaled, qui a fui la guerre en Syrie et qui verra sa demande de réfugié refusée. Mais il faudra attendre près de trente minutes avant que le migrant entre en scène et que le propos diégétique sur l’immigration se déploie, le cinéaste finlandais nous introduisant ainsi longuement à celui qui aidera Khaled dans ses démarches, en lui trouvant un lieu pour crécher, l’employant dans son restaurant, le protégeant des voyous nazis et de la police : Wikström. Le réalisateur fait se rencontrer deux pauvres hères qui sont dans la même situation malgré leurs énormes différences de caractère et de sensibilité : ils cherchent à changer leur vie. Ils sont les deux faces d’un même miroir : celui de la déréliction.

Entre l’épouvantable réalité et l’éclairant désir de voir ses personnages survivre à leurs malheurs, le cinéaste fait entrer le monde d’aujourd’hui dans une Finlande très nostalgique (vêtements et décors des années 1950, argent en ancien mark finnois, etc.). Il va à l’essentiel avec une économie de moyens qui confond : mise en scène sèche, gestes rares, paroles minimales, plans dépouillés, montage sans plans de coupe. On est proche de l’ascèse, et pourtant on est dans une comédie dramatique (on sourit ou on rit presque à chaque scène). Kaurismäki, c’est du Dreyer mâtiné de Tati.

Le réalisateur prend le monde tel qu’il est et se transforme; il ne le condamne jamais. Il faut sauver les gens et même les animaux, comme ce petit chien qui trouve un gîte au restaurant malgré la consigne du propriétaire, et qui est lui aussi un réfugié comme Khaled. Kaurismäki est un démocrate : il valorise ses personnages, même s’ils ne sont pas constamment honnêtes, et il les soustrait au mépris et à la condescendance. Il ne fait d’aucun d’eux un archétype, car il décadre et recadre constamment leurs actions et leurs sentiments, retournant sans cesse leurs affects. La justesse de son film a tout à voir avec la bonté, la bienveillance, la solidarité, qui sont la richesse des pauvres et des démunis, comme de tous ces exilés qui essayent de trouve une terre d’accueil. La dureté du monde (il y a la guerre, la famine, la misère, l’exploitation, etc.) est atténuée par l’humour, la musique, les chansons (et il y en a de nombreuses ici, et elles sont merveilleuses), que le réalisateur utilise souvent dans ses films pour élaborer un petit théâtre brechtien inestimable. Dans cette fable sur le monde contemporain, le sombre devient lumineux, comme en fait foi l’apparition miraculeuse au dernier plan du petit chien qu’on croyait perdu, avec un Khaled qu’on croyait mort. Tout à coup, nous voilà touché en plein cœur. L’autre côté de l’espoir est un film formidable.

Par André Roy , 2017-12-15

 

 

Ciné-club en baie diffuse « ULZHAN » un film de Volker Schlöndorff. Vendredi 20 Avril à 20h30.Salle des fêtes de Carolles

Avec Philippe Torreton, Ayana Yesmagambetova, David Bennen

  Synopsis

 

Suite à une tragédie personnelle, Charles n’a plus qu’un seul voeux : disparaître. Une fois franchie la frontière du Kazakhstan, il est  happé par les steppes sans fin d’Asie centrale et les légendes de ce pays mystérieux. A l’aide d’un fragment de carte antique il semble  à la recherche d’un trésor. Mais il tente seulement de sauver son âme.  Ulzhan l’a compris dès qu’elle a posé ses yeux sur lui….

Philippe Torreton campe un étranger dévasté par un malheur personnel, qui va faire dans la solitude de la steppe une expérience profonde de la vie, au-delà du désespoir qui le pousse à rechercher la mort. Une aventure intime que Schlöndorff élargit en un vaste poème visuel sur une  nature où les hommes ont laissé la trace des goulags ou des centres nucléaires, mais qui les dépasse par sa splendeur infinie.

Marie- Noëlle Tranchant, Le figaroscope 23 avril 2007

film annonce

http://films.blog.lemonde.fr/2010/02/24/ulzhan/

http://www.iletaitunefoislecinema.com/critique/1902/ulzhan

 

 

Ciné-club en baie présente en séance spécial un ciné-concert. Projection film « Le Cameraman » réalisé en 1928 par Buster Keaton et Edward Sedgwick , illustré par une partition musicale de Luc Paillard. Tarif unique 5€

 

Synopsis

À New York, Luke est photographe et réalise des tintypes. Dans un mouvement de foule, il tombe amoureux d’une femme qui s’appelle Sally : il la suit et constate qu’elle travaille auprès de la MGM dans le service des nouvelles. Tout comme Stagg, qui par ailleurs flirte avec la jeune femme, il veut devenir cameraman et achète à cet effet une vieille caméra d’occasion.

Sally lui indique en cachette qu’il va y avoir des évènements à filmer dans Chinatown. Luke s’y rend, contraint sur le trajet de recueillir, à la suite d’un accident, un petit singe, puis filme la fête ainsi que la guerre des gangs qui s’ensuit tout en échappant aux chinois qui le prennent à partie et veulent le tuer. De retour à la MGM, il semble que Luke n’ait pas mis de pellicule vierge dans la caméra et n’ait donc pas ramené d’images, il est ridiculisé et démissionne de la MGM.

Il ne se décourage pas pour autant : le lendemain il va filmer une course de bateaux à laquelle Sally et Stagg assistent également. Leur bateau chavire et Sally risque sa vie au milieu des eaux, menacée par le bateau qui tourne sur lui-même sans pilote. Stagg sauve sa peau pendant que Luke, alors sur la rive en train de filmer, va porter secours à Sally. Un malentendu laisse croire à celle-ci que c’est Stagg qui l’a sauvée, et ce dernier en profite. Par inadvertance, Luke se rend compte que le singe avait caché une bobine de film.

Les responsables des nouvelles de la MGM, en présence des très amoureux Sally et Stagg, prennent connaissance d’un film envoyé par Luke : on peut d’abord y voir d’excellentes images des combats de rue entre chinois, puis l’accident de Sally et Stagg ainsi que le sauvetage de celle-ci par Luke, car le singe avait continué à filmer la scène. Sally quitte Stagg puis se jette dans les bras de Luke qui est engagé à la MGM.

 

Dernier chef-d’œuvre de Buster Keaton avant l’arrivée du cinéma parlant, et lointain cousin de L’Homme à la caméra (1929) de Dziga Vertov, L’Opérateur interroge l’essence du geste cinématographique en suivant les péripéties burlesques d’un jeune photographe dont le rêve est de devenir cameraman. Alors que, dans Sherlock Junior (1924), Keaton s’amusait à brouiller les frontières entre la salle et l’écran, son attention porte cette fois sur le dispositif de prise de vue et sur les relations trompeuses que l’image entretient avec le monde réel.

Film Annonce

Ciné-club en baie diffuse un film réalisé par Claire Denis « Un Beau Soleil Intérieur » Avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine. Prix du cinéma européen de la meilleure actrice

  Dans le film de Claire ­Denis, Juliette Binoche incarne de façon inspirée une artiste à la vie sentimentale agitée.

« L’amoureux ne cesse de courir dans sa tête, d’entreprendre de nouvelles démarches et d’intriguer contre lui-même. Son discours n’existe jamais que par bouffées de langage, qui lui viennent au gré de circonstances infimes, aléatoires. » En feuilletant les Fragments d’un discours amoureux, de Roland Barthes, on tombe sur ces mots qui disent, précisément, la jubilation que procure le nouveau film de Claire Denis.

Cannes 2017 : « Un beau soleil intérieur », un astre triste, entouré d’une constellation d’acteurs

A la source de ce film, la proposition d’un producteur, Olivier Delbosc, faite à Claire Denis d’adapter Fragments d’un discours amoureux, de Roland Barthes, bel essai fragmenté et chapitré de 1977, qui évoque la folie magnifique et la subversion insensée de l’état amoureux. Ten­tation de Claire Denis (rien de ce qui touche au désir n’est étranger à son cinéma), puis doute, puis refus catégorique des ayants droit. L’affaire étant réglée de ce côté, elle rebondit d’un autre, à travers l’association de la cinéaste et de la romancière Christine Angot dans l’écriture d’un film qui s’inspire, assez drôlement, de leurs expériences malheureuses dans ledit domaine amoureux. Ainsi naît ce Beau soleil intérieur, qui dame légèrement le pion à un projet de science-fiction avec Robert Pattinson, long à mettre en œuvre, et ramène Claire Denis sous les sunlights quatre ans après Les Salauds, film amer, mal reçu, qui aura laissé des traces.

Le résultat de cette genèse à la fois sinueuse et impromptue est une passionnante et, rapportée au cinéma de Claire Denis, surprenante expérience cinématographique, qui tout à la fois emporte quelque chose de l’approche diaprée, immersive et fragmentaire de Barthes du sentiment amoureux, exfiltre l’incisive et ironique noirceur d’Angot sur le même chapitre, déporte enfin le cinéma fiévreux et tellurique de Claire Denis du côté de la comédie sentimentale dépressive et discursive, quelque part entre Woody Allen et Chantal Akerman.

A la recherche de l’amour véritable

L’opération prend la forme d’une rutilante constellation d’acteurs, tous excellents, tous se prêtant avec grâce aux coupes cruelles des deux laborantines en chef, tous tournant à titres variés et en durées inégales autour d’un astre triste qu’incarne, de manière particulièrement bien sentie, avec un quelque chose de sensuellement relâché, Juliette Binoche.

Quinquagénaire un peu paumée, très à fleur de peau, divorcée avec enfant, à la recherche de l’amour véritable, Isabelle, artiste peintre, navigue à vue dans une sociologie et une ­topographie parisiennes qui semblent vouées à ne fabriquer que du même. Bars, appartements, maisons de campagne (dans le Perche ou le Lot), théâtres, galeries, restaurants, commerces de bouche. Aussi bien passe-t-elle d’un amant l’autre comme un bateau glisse, au risque de se briser, entre un chapelet d’écueils. ­Xavier Beauvois y pose, avec une gourmande nonchalance, en banquier marié et goujat offreur de fleurs (« J’arrive du Brésil, j’ai une envie folle de te niquer »). Philippe Katerine est le voisin sympa et déprimé qui maraude en bob et cabas à la poissonnerie Secretan, tentant à chaque fois le plan « invitation au pied levé » sans y croire une seconde, en quoi sa ­lucidité l’honore.

Ici, le langage ne sert plus à définir ou à conquérir, il est un onguent passé comme un velours sur l’âme de la souffrante

Mais encore Laurent Grévill dans le rôle de l’ex qui tente de se remettre dans la course à marche et geste forcés, Nicolas Duvauchelle dans celui de l’acteur ontologiquement incapable de s’arrêter de mettre à l’épreuve son pouvoir de séduction, et bien d’autres encore. Tous ne peuvent être cités, il y en a trop. Voici d’ailleurs le côté « labo­ratoire » de la mise en scène : l’enchaînement ininterrompu des expériences, le dérèglement invasif du discours amou­reux, le principe marabout-de-ficelle qui gouverne le désir de l’héroïne, les lamentables petites agonies qui ­systématiquement en résultent.

 

Pour contredire enfin les esprits chagrins qui s’en réjouiraient, cette épopée du désenchantement mène droit à une scène d’essence surréelle et radieuse, au cours de laquelle Isabelle consulte en la personne délicate de Gérard Depardieu, dans une partition infiniment douce et évasive, un voyant. Ici, le langage ne sert plus à définir ou à conquérir, il est un onguent passé comme un velours sur l’âme de la souffrante, une pommade messianique annonçant la venue d’une « nouvelle personne » et, comme le film est fini, on aura la politesse de ne rien penser de mal de cette croyance qui se veut promesse. Scène d’anthologie, assurément, du cinéma français, petite merveille atmosphérique façon « beau soleil intérieur ».