Le ciné-club en baie de Carolles diffuse « Femmes femmes » de Paul Vecchiali (1974) Vendredi 15 février 20h30 Salle des fêtes de Carolles (45 rue Division Leclerc)

Réalisateur
Acteurs
Sonia Saviange Sonia
Hélène Surgère Hélène
Michel Delahaye le médecin
Noël Simsolo Ferdinand
Michel Duchaussoy Lucien
Liza Braconnier la veuve de Julien
Claire Versane l’épicière
Charles Level le livreur
Henri Courseaux Antonin
Jean-Claude Guiguet le courtier

 Synopsis

Pour une comédienne, jouer s’avère une nécessité, même si la gloire ne viendra plus. Elles sont deux, Hélène et Sonia, à partager le même appartement et les mêmes rêves. Hélène a renoncé au métier tandis que Sonia court le cachet. Entourées d’un petit monde farfelu ou malheureux, les deux femmes entretiennent entre elles des rapports de complicité parfois haineuse où le théâtre a toujours sa part, chacune étant le public de sa partenaire. Film légendaire, adoubé par Pasolini qui a dirigé le tandem d’actrices dans Salo ou les 120 journées de Sodome, Femmes, femmes fait éclater l’amour de Paul Vecchiali pour les femmes, le théâtre, la vie.

« Dans le magnifique Femmes, femmes (1974), Paul Vecchiali transforme un appartement de Paris en une scène de théâtre. Pendant deux heures, deux comédiennes ratées (incarnées par deux actrices géniales, Hélène Surgère et Sonia Saviange) refont et défont le monde, se déchirent et se réconcilient. C’est un flot de paroles pathétiques et sublimes, folles et lucides, comiques et tragiques, que Vecchiali filme en plans-séquences à la Ophuls et ponctue de chansons à la Demy, dans un noir et blanc hérité du muet. Le champagne bu à longueur de scènes provoque autant l’euphorie que la nostalgie. Derrière la tendresse affichée, l’amertume de l’échec. Et derrière les éclats de rire, la tentation du désespoir.“

Sandrine Douhaire, Télérama

“Femmes Femmes” (1974) est l’œuvre la plus connue, reposant sur les facéties et l’immense complicité de son duo d’actrices, également comédiennes dans le film : Hélène Surgère et Sonia Saviange. L’idée géniale, tient à priori du sacrilège : que deviennent les actrices, une fois déchues, et que leur première jeunesse est fanée ? Surmontent-elles leur dépendance au luxe, au narcissisme, à la comédie ? Comment s’accommodent-elles de cet enterrement anticipé : mises au placard et à l’oubli ? L’une surmonte son oisiveté en la noyant dans le champagne ; l’autre, sa fausse jumelle, en commettant de mauvais dramatiques pour la télévision, lorsqu’elle ne s’adonne pas goulûment au rouge. Et toutes deux font de leur appartement un théâtre permanent, sans plus de discernement quant à la réalité et au jeu. C’est la somme des deux addictions qui se joue dans leur huis-clos domestique, avec en marge quelques escapades chez les voisins de paliers, comme autant de dépendances scéniques avec, au gré des étages, un jeune dandy narcissique qui en aura pour son compte (Noël Simsolo), et une vieille dame, qui n’en a plus elle, pour très longtemps. Espiègleries, roueries, régressions infantiles, mises en scène boulevardières du quotidien le moins flatteur, et surtout, le caveau à l’horizon.

Peu à peu, le délire (tremblant) s’immisce dans la représentation, gagnée par la folie des deux actrices recluses. La mixité des deux registres, folie douce et pathologie, donne à “Femmes Femmes” sa puissance tonitruante : la dérision jusqu’au-boutiste est aussi un manifeste d’empathie, une déclaration d’amour non voilée à toutes les grandes actrices disparues des écrans, à leur glamour irréel (le pôle mythique de Surgère) autant qu’à leur réalité plus prosaïque (Saviange, encore combattante). Par la radicalité de ses partis-pris – l’économie de séquences étirée allant jusqu’au bout des scènes, durée pesée ; le noir et blanc ; l’atmosphère claustrophobe –, le film est une épreuve, mais il s’endure dans l’humour et dans le charme, aussi euphorisant que glaçant, comme une redescente après une ivresse trop joyeuse. Opus populaire et “expérimental” à la fois (dans la mesure où son dispositif renvoie à une idée très précise, traitée avec beaucoup de cohérence formelle, mais laissant la place à des développements improvisés et à une spontanéité de jeu), le film transmet aussi l’humour insouciant de son tournage, reflétant les limites et la gracieuse inventivité d’un artisanat porté par l’urgence.

Par : Noël Simsolo, Paul Vecchiali

Bande annonce

 

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Ciné-club en baie présente le vingtième film de Robert Guédiguian « LA VILLA » Diffusion le Vendredi 18 Janvier 2019, 20h30 à la salle des fêtes de Carolles

 

Avant de vous faire partager l’analyse de tous les critiques , le bureau et son président vous souhaitent de bonnes fêtes de fin d’année.

 Son vingtième long-métrage se déroule comme souvent à Marseille, dans la Calanque de Méjean. Le réalisateur y retrouve ses acteurs fétiches et raconte ses histoires de toujours sur la famille, la nostalgie, la lutte sociale.

Synopsis et Analyse « La Villa »

C’est une villa qui surplombe la mer. Autour de la demeure, dans la lumière d’hiver, s’étalent un petit port de pêche, des commerces abandonnés et des maisons aux portes closes. La Villa, le vingtième film de Robert Guédiguian commence comme une histoire de famille, sa famille – sa fidèle troupe d’acteurs – puis s’élargit, au fur et à mesure, pour devenir une réflexion politique vaste et amère.

Victime d’une attaque, le père n’attend plus rien de la vie. Ses trois enfants, une fille et deux fils qui n’ont plus grand-chose en commun, se retrouvent pour le veiller. «Ces retrouvailles ont lieu à l’ombre de la mort, explique Le Monde (…). Autant dire que les comptes, de chacun avec sa propre conscience et de tous avec tous, se règlent ici au bord de l’abîme, mais avec une délicatesse et une complexité qui nous évitent l’accablement du jeu de massacre. Au contraire, tout ici est touchant, proche, humain.»

Une sensibilité qui a conquis Jean-Sébastien Chauvin des Cahiers du Cinéma. «On est frappé, dès le prologue, par la précision et l’économie narrative qui noue le récit en quelques plans. Et qui fait tomber une émotion profonde, comme une chape, qui ne quittera plus le film», écrit-il. Un avis partagé par Positif: «(…) le risque du mélodrame, le goût de la fable morale, certes, mais aussi la justesse des émotions, la liberté narrative et formelle. C’est peut-être [le] film [de Robert Guédiguian] le plus maîtrisé et le moins formaté (…).»

Un film noir mais bienveillant

Si le film est sensible, cela se fait à rebours de sa propre noirceur. «Le soleil est bien noir, ici, explique Télérama , C’est une lumière d’hiver, de crépuscule qui règne sur ce théâtre à ciel ouvert. Du Tchekhov méridional, si l’on veut. Où l’on blague encore, mais ‘‘au bord du précipice », comme le dit Joseph. Les réponses apportées sont provisoires: une fois n’est pas coutume chez le cinéaste, la fin reste ouverte. Malgré la mélancolie ambiante, des espoirs subsistent: l’amour de l’art et de la poésie (on déclame du Claudel!). L’amour tout court… Et puis il y a la mer, ses dorades et ses poulpes qui nous rappellent que l’antique palpite encore… Tout n’est pas perdu».

Le film est traversé par une mélancolie en sourdine, triste, bilan d’une génération qui ne sait plus bien quoi faire de ses idéaux. «Comment rester fidèle à l’héritage de lutte et à l’idéal de justice qu’incarnait cet homme? Comment ne pas les trahir dans la jungle renouvelée et triomphante de l’économie libérale? Comment tenir encore sur la nécessité, chaque jour piétinée, de la solidarité et du bien commun? (…) Simplement, ce vingtième long-métrage – à l’instar de Marius et Jeannette (1997) qui en cristallisa une sorte de moment parfait – occupe dans la partition de l’œuvre un sommet. Sommet, tout à la fois de noirceur, de lyrisme, d’économie de moyens», explique encore Le Monde .

Une certaine idée de fin du monde traverse le film. Il se heurte au mur de la tragédie de notre siècle. «Et sur cette rive confinée d’une Méditerranée où chaque jour se noient des centaines de migrants, l’actualité dramatique débarque clandestinement. Celle des réfugiés qui cherchent un refuge. (…) L’humble bienveillance qui baigne la fin de ce conte moral se substitue au constat en demi-teinte que dresse Robert Guédiguian. Les militants sont fatigués. Leurs luttes ont-elles servi à quelque chose?», se demande ainsi le journal La Croix .

Mélange des thématiques

La famille, la nostalgie, le deuil, le conflit de génération, l’amour, l’immigration… Guédiguian invite dans cette Villa tous ces thèmes de prédilection. Les critiques sont séduits par ce «cinéma humaniste, bienveillant et nostalgique», comme le décrit le JDD . «Robert Guédiguian (…) mélange beaucoup d’ingrédients mais il les dose avec une telle justesse, un tel équilibre, qu’il réussit l’une de ses plus belles partitions», estime d’ailleurs Le Parisien.

Le journaliste de l’Obs , préfère de son côté, s’appesantir sur le thème du désœuvrement d’une génération en mal avec son temps: «La Villa est un adieu aux utopies, l’œuvre-bilan d’un artiste habité par les valeurs de la gauche prolétarienne, se sachant dépassé par le monde tel qu’il va. Réalisateur inégal et volontiers didactique, Robert Guédiguian touche juste.»

«Dans ses vieux filets de pêche brillent des éclats d’avenir et quelques sanglots.»

Libération

Un avis que partage totalement Première. «C’est l’un des Guédiguian les plus puissants et saisissants vus depuis longtemps, estime le mensuel (…).Tout semble d’entrée de jeu plombé par la mélancolie, l’inertie, une tristesse incommensurable. L’idée, ici, est de faire le bilan d’une génération – les baby-boomers incarnés par Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin. (…) Mais le discours semble cette fois-ci porté par quelque chose de plus profond et enfoui, comme un écho mythologique, un souffle tragique venu du fond des temps.»

«Le communisme maritime de Guédiguian a plus que jamais les atours de la rêverie et les contours du réel, renchérit Libération , entre la mer et la scène. (…) Dans ses vieux filets de pêche brillent des éclats d’avenir et quelques sanglots.»

Le site àVoiràLire est plus mesuré: «Entre nostalgie et résignation, l’évocation inégale mais touchante d’une époque révolue.» Seul nuage dans ce grand soleil d’hiver, Nathalie Simon, du Figaro, estime le film «interminable» et regrette que «le contenu de près de deux heures» manque de sobriété. Avant d’ajouter: «On a l’impression que le cinéaste marseillais embrasse tous les sujets qui le préoccupent. La fratrie, les origines, l’amour et l’usure des sentiments, l’incertitude de l’avenir, le poids du passé, jusqu’à l’immigration et le terrorisme.» Pour notre consœur, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était…

https://www.franceinter.fr/personnes/robert-guediguian

La bande annonce

 

Ciné-club en baie diffuse LE DÉPART de Jerzy Skolimowski exceptionnellement le vendredi 14 décembre 20h30 à la salle des fêtes de Carolles

Synopsis

A 19 ans, chaque heure est comme un départ vers l’inconnu. Marc a cet âge-là. Il est garçon coiffeur mais rêve de devenir pilote de rallye. Une course importante débute dans deux jours et il veut s’aligner au départ, mais il ne possède même pas de voiture et espère pouvoir piloter la Porsche de son patron. Malheureusement, ce projet tombe à l’eau. Marc n’a plus que 48 heures pour trouver un véhicule. Avec son amie Michèle, il va tout tenter pour se procurer une voiture, ou de l’argent pour en louer une. Parcourant les rues de Bruxelles, les deux jeunes gens font des rencontres étonnantes et vivent quelques aventures inattendues..

Film annonce

Les liens : http://www.dvdclassik.com/critique/le-depart-skolimowski

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_D%C3%A9part_(film

https://www.cineclubdecaen.com/realisat/skolimowski/skolimowski.htm

Ciné-club en baie présente « Les Petites Fugues » film suisse de Yves Yersin.Grand Prix d’Interprétation pour Michel Robin Locarno 1979 et Prix Œcuménique Locarno 1979. Diffusion le vendredi 16 Novembre à 20h30,salle des fêtes de Carolles(45 rue Division Leclerc)

L’art de la fugue à Mobylette

Le cinéma suisse ne se limite pas à Alain Tanner ou Claude Goretta. En 1979, le jeune Yves Yersin prenait la clé des champs avec le joliment titré les Petites fugues. Ce film délicieusement nonchalant s’attache à Pipe, un vieil ouvrier agricole du canton de Vaud (Michel Robin, dans son plus beau rôle) qui, au bout de trente ans de dur labeur chez le même patron, s’achète une mobylette et part à la découverte du monde. Point de départ de scènes burlesques ­ l’apprentissage douloureux du «vèlau» ­ et poétiques ­ Pipe découvrant le Mont-Blanc à bord d’un hélico. L’initiation tardive de Pipe aura des répercussions sur tous les habitants de la ferme: le fils veut moderniser l’exploitation et la fille se rebelle contre l’autorité du père. Au final, un petit bijou de chronique rurale.

Près de quarante ans après, le charme des Petites Fugues reste intact. Il doit beaucoup à l’étonnante présence comique de Michel Robin, qui évoque autant le burlesque de Tati que le physique hors norme de Michel Simon. L’apprentissage de la conduite par Pipe, sa virée très alcoolisée lors d’une course de motocross sont irrésistibles. Le film est tout aussi réussi dans ses moments plus contemplatifs : Yves Yersin, brillant documentariste de formation, filme alors le quotidien de la ferme dans un style naturaliste ou s’autorise, au contraire, de belles parenthèses poétiques. Quand Pipe parvient enfin à dompter son « vélo », la caméra décolle du bitume pour prendre de la hauteur. Comme un envol vers la liberté…

 Samuel Douhaire

La bande-annonce

                                                       Yves Yersin Réalisateur

Yves Yersin né le 4 octobre 1942 est un réalisateur, producteur de TV suisse, connu notamment pour son long métrage Les petites fugues et la mise en image du spectacle Zouc à Bobino.
Spécialisé au départ dans la photographie de publicité, puis formé au métier de cameraman, Yves Yersin réalisera de nombreux documentaires ethnologiques. Son long métrage Les petites fugues, coproduction franco-suisse lui apportera une certaine renommée dans le milieu cinématographique.
Yves Yersin a donc moins de quarante ans au moment du tournage des Petites fugues et pourtant un long passé documentariste « de l’espèce la plus rare : celle des ethnographes-poètes. Pas de froids entomologistes armés d’une caméra et d’un Nagra mais des vivants filmant d’autres vivants et pour qui ce n’est pas de capter à tout prix qui compte mais de comprendre. » (Michel Bujot, Les Nouvelles Littéraires 1979)
 
 

Ciné-club en baie présente un film de Henri Colpi « Une aussi longue absence » Scénario et dialogues de Marguerite Duras Palme d’Or Festival de Cannes 1961 et Prix Louis Delluc .Diffusion le vendredi 19 octobre 20h30 salle des fêtes de Carolles. Suivi de l’intervention de Marie-Christine Delaunay (Psychiatre)

Suite à un changement de programmation indépendant de notre volonté, le ciné-club en baie vous informe d’un changement de programme pour le mois d’octobre. Le film prévu « Un Femme Douce » de Robert Bresson ne pouvant être diffusé, il sera remplacer par « Une aussi longue absence de Henri Colpi. Nous vous prions de nous excuser et nous vous remercions de votre compréhension                                             Réalisé par HENRI COLPI
Avec Alida Valli, Georges Wilson, Charles Blavette, Amédée, Paul Faivre

Durée : 1h34. – Genre : Drame
Sortie nationale le 03/02/2016 – En salle depuis le 20 juillet 2016

Synopsis

Depuis la disparition de son mari, déporté par les Allemands en 1944, Thérèse Langlois tient seule son café à Puteaux. un clochard passe régulièrement devant le café et thérèse, après quelques hésitations reconnaît formellement son mari, déclaré mort depuis quinze ans…
Mais ce clochard est amnésique, et malgré les efforts de Thérèse, il ne la reconnaît pas plus qu’il ne reconnaît les membres supposés de sa famille qu’elle va faire venir à Puteaux.Il a perdu la mémoire de tout ce qui précède son réveil dans un champ allemand, après une évasion probable d’un camp de concentration. Il ne se souvient d’aucun élément de son passé d’avant ce réveil.
Il n’a qu’une mémoire, celle de la musique, de la musique italienne d’opéra, mais ignore d’où cette mémoire lui vient.

Liens  http://www.larampecinema.com/histoire-du-cinema/60-annee-1960/20-audrey-chiari.html

Critique lors de la sortie en salle le 29/09/2012

Par Pierre Murat

| Genre : comédie dramatique.

A partir d’un fait divers, sur des dialogues magnifiques de Marguerite Duras, Henri Colpi, monteur d’Alain Resnais, a réalisé un film envoûtant et musical sur la mémoire. La femme cherche inlassablement à faire retrouver des bribes de souvenirs à cet homme qui n’en a plus, effrayé de la soudaine attention qu’on lui porte. Déchirante réflexion sur le doute et sur l’espoir obstiné d’une femme, au-delà de la logique, à la frontière de la déraison. Impossible d’oublier Alida Valli et Georges Wilson écoutant un air d’opéra, dans le café désert, devant un juke-box qui, soudain, prend des airs de scène de théâtre miniature. La chanson Trois Petites Notes de musique, écrite par Colpi et Delerue, créée par Cora Vaucaire, reprise par Juliette Gréco et Yves Montand, est devenue un classique.

Bande annonce

 

 

 

En ouverture de sa 6ème édition ciné-club en baie présente « Seule dans la nuit un film de Terence Young avec Audrey Hepburn »Vendredi 21 Septembre 20h30.Salle des fêtes de Carolles.

Afin de renouveler votre carte d’adhésion, saison 2018/2019 les membres du bureau seront présents à la salle des fêtes de Carolles (45 rue Division Leclerc) dès 20h00

Synopsis

A l’aéroport de New York, Lisa, un jeune mannequin, se voit contrainte de confier une poupée remplie d’héroïne à Sam Hendrix, un photographe, qui ignore bien entendu le contenu du jouet. Lisa espère ainsi tromper les trafiquants pour lesquels elle travaille depuis quelque temps. Mais Roat, le chef du gang, découvre rapidement le stratagème. Il assassine Lisa et contraint Mike Talman et Carlino, ses acolytes, à faire disparaître le corps. Puis, ayant retrouvé la trace de Sam Hendrix et compris qu’il détenait toujours le précieux objet, Roat et ses complices se rendent chez lui. Ils ne trouvent que Susy, sa femme, une aveugle. Profitant de son handicap, ils lui font croire que son mari la trompe et qu’il est compromis dans le meurtre de sa maîtresse. Les truands se mettent alors à fouiller la maison, à la recherche de la poupée…

Critique

Par Anne Dessuant

| Genre : huis clos.

Susy est aveugle, et, comme elle a perdu la vue depuis moins d’un an, elle a souvent peur quand elle se retrouve seule : un cendrier qui prend feu et la voilà paniquée, impuissante, réduite à néant.

Par un sombre concours de circonstances, elle se trouve en possession d’une poupée bourrée d’héroïne. Plusieurs malfrats sont à sa recherche. Son mari est envoyé à l’autre bout de la ville pour un rendez-vous d’affaires fictif : Susy, seule, reçoit la visite de plusieurs inconnus, faux inspecteur de police et vrai méchant, et les événements s’affolent…

Terence Young ne renie jamais l’héritage théâtral de son film (le scénario est adapté d’une pièce de Frederick Knott, ­déjà auteur de Le crime était presque parfait et de La Corde), il en fait un usage totalement cinématographique en jouant avec la topographie du lieu unique, un appartement en entresol, fermé, presque aveugle lui aussi. Les personnages fouillent dans toutes les pièces, se cachent, vont et viennent sans cesse et permettent au spectateur d’enregistrer les lieux. La scène finale, partie de cache-cache partiellement tournée dans l’obscurité, atteint alors un paroxysme terrifiant. Les rôles s’inversent à volonté : l’héroïne est aveugle, le tueur, non ; elle a les yeux écarquillés, il porte de petites lunettes noires même dans le noir. Aucune certitude ne dure très longtemps, aucune feinte n’est définitive. L’obscurité est tour à tour inquiétante et salvatrice — la faible lumière d’un frigo peut être fatale. Audrey Hepburn, vulnérable, fait de son handicap une arme redoutable face à un tueur cabotin et sinistre.

Il est très insolite de retrouver Audrey Hepburn dans un thriller angoissant. Le film remplit assez bien le cahier des charges du thriller et reste un excellent divertissement, notamment grâce à une atmosphère unique et une interprétation magistrale.

Adapté d’une pièce à succès de Frederick Knott, le scénario paraît simple mais le début est assez complexe. Quelque peu lent, le début instaure les bases de l’histoire peu évidentes à comprendre, il faut une demie-heure pour bien tout saisir. Ensuite le scénario use de beaucoup d’ingéniosités et la structure narrative est sans reproche. L’enquête menée par Susy pour comprendre la situation dans laquelle elle se trouve est très intéressante à suivre et jamais ennuyeuse, même si le rythme diminue à certains moments. Le spectateur est tenu en haleine et veut aider la femme et surtout, ce qui est le plus intéressant à mes yeux, c’est de voir comment une aveugle va procéder pour comprendre cette situation inédite. Pour cela, elle use d’ingéniosités, toutes dignes d’intérêt. La montée en tension est progressive jusqu’à aboutir à une fin haletante, à la manière de Charade, même si l’issue finale reste sans surprise ce qui n’est pas obligatoirement un défaut. L’intérêt du film n’est pas de voir si elle va arriver à se sauver mais comment ou de quelles manières elle va y arriver. La progression est lente et tortueuse, comme la musique de Mancini. Alors que l’écran est noir et que le spectateur devient aveugle comme Susy et son ravisseur, seuls les bruits sont percevables. D’ailleurs, à l’époque, les responsables des cinémas éteignaient graduellement l’éclairage lors des 12 dernières minutes du film, au fur et à mesure que Susy casse les ampoules. Son handicap va alors devenir un avantage. La mise en scène est théâtrale. Les personnages entrent et sortent de l’appartement, sans tout de même que le film devienne une pièce de théâtre, à la manière de La corde et Le crime était presque parfais, réalisés par Hitchcock qui sont d’ailleurs adaptés des pièces de Knott. L’appartement entresol fermé est presque aveugle lui-aussi. Il y a peu de pièces, de façon qu’il y ait peu d’endroits pour se cacher, et donc peu d’issues pour Susy. Elle est interprétée magistralement bien par une actrice fantastique, Audrey Hepburn, qui contribue grandement au charme du film et prouve encore qu’elle est une des plus grandes actrices, capable de jouer n’importe quel rôle, allant du comique au tragique. Audrey Hepburn a fréquenté une école pour aveugles et porté des lentilles pendant le tournage afin de rendre son regard moins expressif. Les autres acteurs, Alan Arkin et Richard Crenna, livrent une bonne prestation.

Film Annonce

 

The Blues Brothers le film écrit et réalisés par John Landis et Dan Aykroyd avec John Belushi et Dan Aykroyd au ciné-club en baie de Carolles.Vendredi 22 Juin à 20h30

Synopsis

Jake et Elwood Blues veulent reformer leur groupe de rhythm’n’blues et donner des concerts afin de gagner les 5000 dollars nécessaires à la survie de l’orphelinat de leur enfance, menacé de fermeture par le fisc. Leur projet s’annonce difficile à réaliser. Poursuivis par la police, une bande de néonazis, des musiciens et une femme mystérieuse, animée d’une rancune tenace, les Blues Brothers se trouvent mêlés à des aventures plus rocambolesques les unes que les autres. Grâce à leurs facéties, ils parviennent toujours à s’en sortir sans trop de problèmes. Mais les catastrophes pleuvent de tous côtés et les voilà bientôt submergés par les événements qui s’accumulent…

La société Universal Studios, qui avait gagné la guerre des enchères qui s’était développée pour acquérir les droits du film, espérait profiter de la popularité de John Belushi dans le sillage de l’émission Saturday Night Live, de la comédie « Animal House » (1978) et du succès musical des Blues Brothers. Cependant, elle s’est vite trouvée incapable de contrôler les coûts de production. Le début du tournage a été retardé, car Dan Aykroyd, débutant scénariste, a pris six mois pour livrer un script très long et peu conventionnel, que John Landis a dû réécrire avant de démarrer la production. Cette dernière a commencé sans budget final défini. Sur place, à Chicago, les fêtes et l’usage de drogues de John Belushi, ont causé des retards prolongés et coûteux qui, avec les courses-poursuites destructrices de voiture, comme on peut le constater à l’écran, ont fait que le film final fut l’une des comédies les plus chères jamais produites.

« The Blues Brothers » est finalement paru aux États-Unis le 20 juin 1980 et a obtenu des commentaires généralement positifs de la part de la critique. Le film a rapporté près de 5 millions de dollars lors de son week-end de lancement et a finalement engrangé plus 115 millions de dollars de recette mondiale pour un budget de 30 millions de dollars. Il est devenu un film culte, un classique, probablement renforcé par la disparition de John Belushi en 1982.

Les deux personnages principaux représentent pleinement deux habitants des villes bouillantes avec son lot de pauvreté et de misère sociale. Deux personnes ayant un cynisme total avec une vision du monde particulièrement simpliste et étroite. Cette désinvolture s’intègre parfaitement dans les autres éléments du film. Cependant, il y a de la place, au milieu du carnage et du chaos, pour une quantité surprenante de grâce, d’humour et de fantaisie. De plus, avec le temps, on a pu constater que le film a relancé les carrières de presque tous les musiciens qui y apparaissent. Ce métrage, au moment de sa sortie, fut probablement le meilleur film musical depuis longtemps.

Ciné-club en baie diffuse le dernier film de Aki Kaurismäki « l’Autre Côté de l’Espoir » Vendredi 18 Mai 20h30 à la salle des fêtes de Carolles

                             Tout l’espoir du monde dans un film

Synopsis

     On retrouve dans ce grand film, L’autre côté de l’espoir, tout ce qui fait partie du style si attachant de d’Aki Kaurimäki : un comique décalé qui met à plat le tragique des histoires racontées en les vidant de tout pathétisme et de toute complaisance ; un burlesque minoré par l’absence de pirouettes esthétiques ou d’une signature surlignée ; une indolence poétique qui rend le récit empathique, tant cet univers pouvait facilement glisser dans le je-m’en-foutisme. La mise en scène, à l’élégance un peu rude, dans une tendresse faussement aride, fusionne minimalisme et mélodrame pour décrire de façon poignante le malheur des hommes et des femmes, la cruauté sociale et bureaucratique et l’altérité inaliénable de personnages en quête de bonheur.

Il est difficile de ne pas être ému – voire jusqu’aux larmes – par le destin des personnages du film. Fâcheux destin certes, mais qui débouche sur un optimisme aussi extraordinaire qu’inattendu, car basé sur une générosité fondamentale, qui n’a pas encore été écorchée par la violence et les coups bas auxquels cèdent certains. En fait, il y a deux destins qui se rejoignent dans une série de saynètes minutieusement mises en scène. Un : celui de Wikström, qui décide de tout abandonner, son emploi de représentant de commerce de chemises et sa femme alcoolique ; il vendra tout, jouera son argent et gagnera le gros lot qu’il investira dans l’achat d’une brasserie miteuse. Et l’autre : celui de Khaled, qui a fui la guerre en Syrie et qui verra sa demande de réfugié refusée. Mais il faudra attendre près de trente minutes avant que le migrant entre en scène et que le propos diégétique sur l’immigration se déploie, le cinéaste finlandais nous introduisant ainsi longuement à celui qui aidera Khaled dans ses démarches, en lui trouvant un lieu pour crécher, l’employant dans son restaurant, le protégeant des voyous nazis et de la police : Wikström. Le réalisateur fait se rencontrer deux pauvres hères qui sont dans la même situation malgré leurs énormes différences de caractère et de sensibilité : ils cherchent à changer leur vie. Ils sont les deux faces d’un même miroir : celui de la déréliction.

Entre l’épouvantable réalité et l’éclairant désir de voir ses personnages survivre à leurs malheurs, le cinéaste fait entrer le monde d’aujourd’hui dans une Finlande très nostalgique (vêtements et décors des années 1950, argent en ancien mark finnois, etc.). Il va à l’essentiel avec une économie de moyens qui confond : mise en scène sèche, gestes rares, paroles minimales, plans dépouillés, montage sans plans de coupe. On est proche de l’ascèse, et pourtant on est dans une comédie dramatique (on sourit ou on rit presque à chaque scène). Kaurismäki, c’est du Dreyer mâtiné de Tati.

Le réalisateur prend le monde tel qu’il est et se transforme; il ne le condamne jamais. Il faut sauver les gens et même les animaux, comme ce petit chien qui trouve un gîte au restaurant malgré la consigne du propriétaire, et qui est lui aussi un réfugié comme Khaled. Kaurismäki est un démocrate : il valorise ses personnages, même s’ils ne sont pas constamment honnêtes, et il les soustrait au mépris et à la condescendance. Il ne fait d’aucun d’eux un archétype, car il décadre et recadre constamment leurs actions et leurs sentiments, retournant sans cesse leurs affects. La justesse de son film a tout à voir avec la bonté, la bienveillance, la solidarité, qui sont la richesse des pauvres et des démunis, comme de tous ces exilés qui essayent de trouve une terre d’accueil. La dureté du monde (il y a la guerre, la famine, la misère, l’exploitation, etc.) est atténuée par l’humour, la musique, les chansons (et il y en a de nombreuses ici, et elles sont merveilleuses), que le réalisateur utilise souvent dans ses films pour élaborer un petit théâtre brechtien inestimable. Dans cette fable sur le monde contemporain, le sombre devient lumineux, comme en fait foi l’apparition miraculeuse au dernier plan du petit chien qu’on croyait perdu, avec un Khaled qu’on croyait mort. Tout à coup, nous voilà touché en plein cœur. L’autre côté de l’espoir est un film formidable.

Par André Roy , 2017-12-15

 

 

Ciné-club en baie diffuse « ULZHAN » un film de Volker Schlöndorff. Vendredi 20 Avril à 20h30.Salle des fêtes de Carolles

Avec Philippe Torreton, Ayana Yesmagambetova, David Bennen

  Synopsis

 

Suite à une tragédie personnelle, Charles n’a plus qu’un seul voeux : disparaître. Une fois franchie la frontière du Kazakhstan, il est  happé par les steppes sans fin d’Asie centrale et les légendes de ce pays mystérieux. A l’aide d’un fragment de carte antique il semble  à la recherche d’un trésor. Mais il tente seulement de sauver son âme.  Ulzhan l’a compris dès qu’elle a posé ses yeux sur lui….

Philippe Torreton campe un étranger dévasté par un malheur personnel, qui va faire dans la solitude de la steppe une expérience profonde de la vie, au-delà du désespoir qui le pousse à rechercher la mort. Une aventure intime que Schlöndorff élargit en un vaste poème visuel sur une  nature où les hommes ont laissé la trace des goulags ou des centres nucléaires, mais qui les dépasse par sa splendeur infinie.

Marie- Noëlle Tranchant, Le figaroscope 23 avril 2007

film annonce

http://films.blog.lemonde.fr/2010/02/24/ulzhan/

http://www.iletaitunefoislecinema.com/critique/1902/ulzhan