Ciné-club en baie diffuse vendredi 21 Octobre à 20h30 un film de Giuseppe de Santis « Riz Amer »à l’Espace François Simon 45 rue Division Leclerc Carolles)

De Santis tourne RIZ AMER en 1948. Si l’intrigue est très conventionnelle, le cadre de l’action est beaucoup plus intéressant et constitue tout l’intérêt du film, auquel les années ont donné un caractère de véritable documentaire.

Dès la réalisation de son premier film, un drame social dénonçant le chômage et le marché noir en Italie, Giuseppe De Santis donne la mesure de ses ambitions. Théoricien du néoréalisme, il plaide pour un cinéma engagé dans la réalité physique, humaine et politique du présent.
Aussi n’a-t-il de cesse de filmer les milieux populaires, paysans et ouvriers, pour dénoncer les travers de la société italienne. Son style réaliste, inspiré du cinéma soviétique révolutionnaire, s’épanouit dans Riso amaro – Riz amer (1948), drame d’amour et de lutte des classes au milieu des rizières de la plaine padane.

Cinéaste majeur du néoréalisme italien, Giuseppe De Santis en est pourtant aujourd’hui une des figures méconnues. Entre la dénonciation de la guerre et du fascisme de Rossellini et la peinture de l’injustice sociale de De Sica, le réalisateur né à Fondi occupe une place à part, lui qui s’intéressa à un mal plus profond de la société italienne : la corruption des âmes populaires. Son chef-d’œuvre Riz amer (Riso amaro) dévoile sa vision d’un monde rêvé où la solidarité et la conscience de leurs valeurs ancestrales permettent à des personnages situés tout en bas de l’échelle sociale de triompher de la cupidité et de la jalousie. Impossible de ne pas succomber au charme de Vittorio Gassman, à la sensualité de Silvana Mangano, au sourire de Raf Vallone et à la vertu retrouvée de Doris Dowling. Retroussons notre pantalon, enfilons nos bottes et enfonçons-nous dans la boue des rizières italiennes en chantant, afin de renouer avec notre humanité dans l’effort partagé.

Membre du parti communiste italien et résistant durant la Seconde Guerre mondiale, De Santis fut un élève du Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome. Il collabora ensuite en tant que journaliste au célèbre magazine Cinema, pépinière de futurs talents transalpins qui joua un rôle capital dans le processus d’autonomisation du cinéma italien. De Santis y soutint inlassablement les principes du néoréalisme, sous l’égide de Cesare Zavattini, véritable inspirateur et théoricien du mouvement. On connaît les éléments essentiels de cette nouvelle vision du cinéma : enregistrement sans fard de la réalité quotidienne du prolétariat, décors réels et utilisation de comédiens non-professionnels. Ainsi, le néoréalisme italien témoigna tant d’une évolution sociale que d’une révolution artistique, dont le but avoué était de prendre le contre-pied total de la période dite des « Téléphones blancs » (Telefoni bianchi), celle du cinéma italien de l’immédiat avant-guerre qui était marqué par une insouciance sans rapport avec la réalité quotidienne.

 

Un nouveau jalon néoréaliste

De Santis réalise son chef-d’œuvre à peine deux ans plus tard : Riz amer (Riso amaro), un film qui lui vaudra un triomphe populaire, une présentation à Cannes et une nomination pour l’Oscar de la meilleure histoire originale en 1950. Sa production est signée Dino De Laurentiis, un des deux producteurs de cinéma italiens les plus importants (avec Carlo Ponti), l’homme aux plus de 500 productions dont Riz amer fut le tout premier succès international. Homme de gauche, idéaliste exalté par le monde paysan, De Santis signe une œuvre qui est à la fois une illustration de ses convictions et une réussite narrative et esthétique indéniable. L’entame du film illustre à elle seule son utilisation créative des préceptes néoréalistes. Face caméra, un homme situe le contexte du récit : l’ancestralité de la riziculture en Italie, le rôle qu’y tiennent les ouvrières saisonnières (les mondine) depuis cinq siècles, les conditions de travail très dures, la raison pour laquelle ce travail est réalisé par des femmes (« il nécessite des gestes légers et rapides, exécutés par les mêmes mains qui enfilent les aiguilles et nourrissent les bébés »), etc. L’artificialité de ce procédé paraît évidemment en parfaite contradiction avec les ambitions véristes du néoréalisme, avant qu’un vaste travelling ne révèle que le conteur est en réalité un (faux) reporter de radio qui commente en direct l’événement que constitue le départ des trains remplis de mondine pour les rizières de la plaine du Pô, début mai.

Dans la boue des rizières

Avec le trajet en train vers les rizières, le double projet (fictionnel et vériste) du cinéaste prend forme. D’abord, l’intrigue se resserre autour des deux personnages féminins que tout oppose. Francesca est une citadine qui a choisi la voie facile, la malhonnêteté, pour échapper à sa condition modeste. A l’inverse, Silvana représente le bon sens populaire : elle n’est pas dupe (dès leur première discussion, elle dit à Francesca avoir compris de quoi il en retourne). Personnage libre, débrouillard, vivant au jour le jour, Silvana va pourtant perdre son innocence prolétaire en cédant à la tentation que représentent le collier volé et l’amour insincère de Walter. Ainsi, elle tentera d’évincer Francesca en montant les ouvrières contre elle et les autres « jaunes » (les travailleuses clandestines) pour mieux lui dérober le précieux bijou. Le sujet du film est l’aliénation paysanne, la corruption des vertus populaires par l’argent et l’injustice : les ouvrières sont tellement pauvres et soumises à des conditions de travail pénibles, qu’un collier volé ne peut que susciter la convoitise de Silvana, prête à toutes les trahisons malgré son bon fond. Le récit fictionnel est ainsi mis au service d’une vision politique.

Une certaine vision du cinéma social

Le message idéaliste de Giuseppe De Santis est limpide : c’est dans le travail physique, mais aussi en partageant le sort des travailleuses, que l’âme corrompue de Francesca va être lavée et qu’elle gagnera une deuxième chance dans la vie. A l’inverse, Silvana, après s’être rapprochée de Francesca en se rendant compte qu’elles partagent en réalité la même condition sociale et les même illusions (le collier convoité est un faux, tout comme l’amour de Walter), et qu’elles ne sont séparées que par la voie empruntée pour s’en sortir, mettra fin à ses jours, broyée par la trahison et la perte de ses valeurs (mémorable séquence d’inondation de la rizière). Lors de ses funérailles, les mondine lui rendent hommage en lançant une poignée de riz sur son corps, comme un rappel du labeur épuisant mais honnête dont la bella ragazza n’aurait pas dû s’écarter.

Si la naïveté du regard porté sur la classe ouvrière frappe aujourd’hui par sa désuétude, il se dégage de Riz amer une sincérité et une conviction réellement touchantes. On pardonne la vision idyllique des séquences collectives pour se laisser emporter par la grâce de la mise en scène et l’aspect revigorant de l’énergie de ces femmes, véritable souffle de vie. Le réalisme de certains moments du film ne fait aucun doute, et les comédiens professionnels trouvent leur place parmi les acteurs non-professionnels et les décors authentiques, nous y entraînant dans leur sillage. Même si Riz amer dénonce une réalité sociale très dure, De Santis se laisse gagner par son optimisme, le résultat étant nettement plus proche d’un utopisme socialiste aujourd’hui disparu que d’un misérabilisme cru visant à convaincre le spectateur que « les gens de peine en bavent ». Le cinéaste italien préfère célébrer les valeurs simples et l’énergie collective du prolétariat.

Le film offrit à Vittorio Gassman, excellent dans son interprétation d’un « agent perturbateur » au charisme irrésistible mais à la morale gâtée, son premier rôle important. On connaît la suite de la carrière fulgurante du Mattatore, véritable monstre sacré du cinéma italien qui tourna avec les plus grands (Lattuada, Comencini, Rosi, Monicelli, Rossellini, Scola, Zampa, Ferreri et bien sûr Dino Risi… sans parler de ses films tournés aux Etats-Unis ou en France), avant de s’éteindre à Rome il y a vingt ans. Riz amer consacra également Silvana Mangano, ancien mannequin et Miss Rome 1946, comme une vedette de cinéma. Son effronterie et sa sensualité marquée (short court et tenues moulantes) en firent le premier sex-symbol féminin italien de l’après-guerre. Son mariage, l’année de sortie du film, avec le producteur Dino De Laurentiis, l’aida à devenir une star aussi bien en Italie, où elle tourna notamment sous la direction de De Sica, Monicelli, Visconti et Pasolini, qu’aux Etats-Unis (Rossen, Ritt, Fleischer, Lynch). Doris Dowling, quant à elle, est assurément « l’intruse » du casting de ce long-métrage italien aux prétentions véristes, puisqu’elle est américaine. Décédée en 2004, son parcours fut assez atypique. Elle débuta sa carrière dans des rôles mineurs pendant la guerre puis, le travail se faisant rare après le conflit, elle suivit sa sœur Constance en Italie. Elle est brillante dans Riz amer mais, curieusement, ce succès restera à peu près sans lendemain, à l’exception de son interprétation de Bianca dans l’Othello d’Orson Welles, en 1952. Elle fit certes quelques apparitions remarquées à la télévision (Flipper le dauphin, Kojak, Shérif, fais-moi peur), mais Riz amer demeure incontestablement le seul chef-d’œuvre de sa carrière.

Enfin, Giuseppe De Santis subit de plein fouet l’évolution du néoréalisme dès le tournant des années 1950. Contrairement à d’autres grands metteurs en scène de l’époque (en particulier Visconti, De Sica ou Fellini), De Santis eut beaucoup de mal à s’adapter à la tendance plus dramatique, psychologique voire expérimentale qu’épousa le cinéma transalpin à cette époque, ce qui explique certainement en grande partie son manque de reconnaissance actuel par rapport à certains de ses pairs. Il ne tourna en tout que douze longs-métrages en une trentaine d’années, dont la plupart sont fort recommandables mais peu connus aujourd’hui. Il y retrouvera deux des interprètes de Riz amer : Raf Vallone (Pâques sanglantes, Onze heures sonnaient, La garçonnière) et Silvana Mangano (Hommes et loups). De Santis s’éteignit en 1997 des suites d’une crise cardiaque. Il nous laisse, avec Riz amer, un chef-d’œuvre solaire, témoignage de son humanité généreuse et de sa tendresse sincère envers la classe laborieuse. C’est avec émotion que l’on contemple aujourd’hui ces ouvrières patauger dans les rizières, chantant ensemble sous un soleil de plomb. Un corps social revigoré par le labeur commun : misère partagée à moitié éprouvée. Une image idyllique, qui n’a jamais existé, mais dont tout le monde se surprend à rêver, de temps en temps.

Synopsis : Francesca et Walter sont un couple de jeunes délinquants qui vient de dérober un collier dans un hôtel. Pour échapper à la police, Francesca s’embarque dans un convoi de mondine en partance pour les rizières de la plaine du Pô. Elle y fait la connaissance de Silvana, une travailleuse saisonnière qui va l’aider avant de convoiter le bijou volé. Alors que les tensions montent entre ouvrières régulières et clandestines et que Walter retrouve la trace de Francesca, Marco, un soldat stationné dans les environs, fait entrevoir aux jeunes femmes le mal qui les ronge et les pousse à unir leurs forces.

Riz amer : Bande-Annonce

Reprise du ciné-club en baie le vendredi 16 septembre.En ouverture de la saison 2022/23, diffusion film Isl de Hlynur Palmason A White, White day (Un jour si blanc) Espace François Simon (45 rue Division Leclerc) Carolles

Sur la scène internationale, le cinéma islandais a clairement le vent dans les voiles depuis plusieurs années. On n’a qu’à penser à Rúnar Rúnarsson (Volcano, 2011; Sparrows, 2015; et Echo, 2019), à Grímur Hákonarson (Rams, 2015; The Country, 2019), à Dagur Kári (Virgin Mountain, 2015), à Guðmundur Arnar Guðmundsson (Heartstone, 2016) ou encore à Benedikt Erlingsson (Woman at War, 2018). Il faudra désormais ajouter tout au sommet de cette liste le nom de Hlynur Pálmason. Après des études à l’École nationale de cinéma du Danemark et un premier long métrage sublimissime tourné en danois, Winter Brothers (2017), Pálmason revient en terre natale pour s’attaquer à une histoire de deuil difficile qu’il ancre habilement au sein des vastes paysages typiques de sa patrie.

Synopsis

Au cœur de la dense brume des cols islandais, les routes sinueuses deviennent rapidement dangereuses, chacune des courbes lancinantes risquant de se dérober au regard des conducteurs. Pálmason fait de ce brouillard à la blancheur opaque le centre de A White, White Day, et ce jusque dans son titre ! Le film s’ouvre d’ailleurs sur un superbe plan surplombant l’arrière d’une voiture qui s’y aventure. Il ne faut que quelques instants pour que le véhicule manque un virage serré, transperce un garde-fou et dégringole un flanc de montagne. L’accident fatal emporte la femme du protagoniste du film, Ingimundur, un vieux policier à l’âme rugueuse. Au lieu de plonger le spectateur dans l’immédiateté de cette mort, le cinéaste propose plutôt de laisser passer un moment afin d’explorer dans la durée le processus de deuil du personnage. Il opère la transition grâce à un brillant enchaînement de plans fixes aux cadrages identiques qui montre Ingimundur retaper un ancien bâtiment familial au fil des saisons.

L’acharnement du vieil islandais à mener à terme les rénovations l’amène à entièrement délaisser le soin qu’il devrait s’accorder. L’énergie qu’il consacre au projet contribue à une certaine stabilisation psychique, mais la maison ne lui est pas destinée, puisqu’il souhaite la donner à sa fille. Tout comme Ingimundur évite de s’investir dans un travail d’introspection avec son psychologue, il refuse aussi de se donner un nouvel espace physique où (re)vivre, préconisant une précarité matérielle aux ancrages fuyants. Au fil du film, les travaux avancent à petits pas et l’espace en construction reflète à merveille son état d’esprit tourmenté et parsemé de blessures qui ne guérissent pas, et ce même si son corps arrive à tenir debout. A White, White Day s’érige ainsi autour d’une logique artistique magnifiquement orchestrée entre espace extérieur et espace intérieur. L’opacité de la brume, la vacuité des champs et la froidure des paysages nordiques de l’Islande deviennent le reflet de la vie psychique d’Ingimundur alors que la maison en reconstruction se présente comme un prolongement naturel de sa psyché. Pas étonnant de retrouver autant de scènes filmées de l’intérieur de la maison, plusieurs plans étant d’ailleurs dirigés vers l’extérieur, notamment via l’œil-de-bœuf de la porte d’entrée, formalisant ainsi la fenêtre comme œil et, par extension, la résidence comme corps.

À la perte brutale de sa femme s’ajoutent des indices qui mènent Ingimundur à douter de l’intégrité de la relation qu’il entretenait avec elle. Une colère manifeste s’empare alors du veuf et A White, White Day bascule bientôt dans un thriller psychologique dont la nature et l’intensité sont à même de dérouter de par ses rebondissements, ce qui n’est pas sans donner une touche hanekienne au film. Pálmason excelle ici dans l’analyse viscérale et sans retenue qu’il propose de cet homme incapable de trouver un chemin vers une extériorisation équilibrée de son émotivité. L’acteur Ingvar Sigurdsson livre à cet effet une performance sans faute, incarnant à merveille l’âme rocailleuse et le visage à l’inexpressivité rageuse propres à son rôle. Ce n’est qu’en conduisant les autres personnages au bout de la nuit, aux confins de ses souffrances, qu’Ingimundur croit pouvoir émerger du sombre tunnel qui abrite ses cris de douleur intérieure. Mais est-ce vraiment la route à emprunter pour qu’Ingimundur puisse complètement faire son deuil ? Rien n’est moins sûr.

À l’unisson avec la pièce Memories de Leonard Cohen, Pálmason invitera le spectateur à pousser l’expérience plus loin en le faisant pénétrer dans la mémoire fantasmée d’Ingimundur. Une proposition douce-amère pour le moins surprenante et fine dans ses intentions. L’ambiguïté signifiante de la scène redynamise les moindres détails du récit, rendant palpable toute la complexité émotionnelle qu’entraîne un processus de deuil chez une personne à l’austérité exacerbée comme Ingimundur. D’une maîtrise formelle et d’une justesse humaine à faire sourciller les grands maîtres du cinéma, A White, White Day confirme que Pálmason, à seulement trente-cinq ans, est d’ores et déjà l’un des cinéastes les plus doués de sa génération.

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Ciné-club en baie présente « Yuli » un film de Iciar Bollain.Diffusion vendredi 17 Juin 20h30 Espace François Simon (45 rue Division Leclerc Carolles)

Synopsis
Un gamin cubain féru de foot et de hip-hop devient une étoile internationale du ballet… Le danseur Carlos Acosta joue sa propre histoire dans ce biopic sensible.
À Cuba, au début des années 1980, Carlos, que son père Pedro surnomme « Yuli », d’après un
dieu africain de la guerre, est un enfant impétueux et rebelle. Dans les rues de La Havane, il
triomphe dans les battles spontanées de breakdance. Pedro, qui voit d’un mauvais oeil ces
compétitions de trottoir, décèle pourtant grâce à elles le talent de son fils pour la danse.
Contre le gré du gamin, il l’envoie dans la plus prestigieuse école de ballet du pays, puis en
internat, loin de sa famille. D’abord synonyme de contrainte, cet art devient bientôt un
refuge puis, peu à peu, la promesse d’une carrière d’exception que Yuli ne cesse pas pour
autant de remettre en question.
Carlos Acosta est aujourd’hui entré dans la légende du ballet aux côtés de Rudolf Noureev
et de Mikhaïl Barychnikov.
Le Cubain Carlos Acosta (né en 1973), surnommé Yuli par son père, en référence à un
fameux guerrier. Au travers de flashbacks savamment articulés, la réalisatrice nous met dans
les pas de ce jeune garçon (Edilson Manuel Olvera, stupéfiant de présence) dont le destin au
coeur d’un quartier défavorisé de La Havane semble des plus compromis. Mais Pedro, son
camionneur de père (Santiago Alfonso, hallucinant d’intensité) veille au grain, quitte à avoir
la main lourde… Pour cadrer ce fiston un brin turbulent mais déjà virtuose de breakdance, il
va lui faire intégrer, contre son gré, une école de danse. Il n’est rien de dire que Yuli traîne
des pieds car il ne veut pas être traité d’homo par ses copains. Son destin va faire fi de tout
cela et l’entraîner au plus haut sommet de la hiérarchie mondiale des Etoiles. Nous suivons
ainsi son ascension fulgurante parmi les plus grandes Compagnies de ballet du monde
jusqu’au Royal Ballet de Londres, la Mecque de la danse avec l’Opéra de Paris.
Les avanies du régime cubain sont passées en revue, tout comme l’ingérence des USA dans
de nombreuses manoeuvres économiques au niveau mondial, le racisme, l’homophobie,
l’immigration, le poids du passé et celui de l’esclavage en particulier. Et tout cela avec une
fluidité dans le discours d’une époustouflante subtilité. Carlos Acosta joue son propre rôle
aujourd’hui. Il est juste précédé dans celui de Yuli par Kevyin Martinez (un jeune acteur
cubain qui crève l’écran !) dans la peau de Carlos Acosta glanant de par le monde les prix les
plus prestigieux.
Entre scènes dramatiques et séquences dansées (somptueusement), ce film se révèle puissant,
juste, émouvant, destiné au plus grand nombre car c’est aussi une ode au courage.

Les Cririques :

Le Parisien

par La Rédaction

Cette histoire singulière est racontée à travers des scènes jouées, mais aussi de superbes séquences de danse avec Carlos Acosta dans son propre rôle. Le récit d’un amour contraint, raconté avec passion.

Marianne

par Olivier de Bruyn

Cette modeste pépite mérite d’être découverte.

La critique complète est disponible sur le site Marianne

Positif

par Hubert Niogret

[…] la réalisation d’Iciar Bollain est efficace, sérieuse et assez habile dans la gestion des trois périodes importantes de la vie du danseur étoile […].

Rolling Stone

par Jessica Saval

Chronique d’une vie menée au rythme d’un socialisme tremblotant, Yuli est tout aussi ambitieux que ses séquences de danses sont grandioses. Ode au courage, cette récit presque trop beau pour être vrai devrait ravir tant les amateurs de ballet que ceux d’histoire moderne. A ne pas rater !

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Ciné-club en baie diffuse « Jeremiah Johnson »  film de Sydney Pollack (1972) Vendredi 20 Mai 20h30 Espace François Simon, Carolles (45 Rue Division Leclerc)  

 

Le film s’inspire en partie de la vie du célèbre mountain man John Johnson, connu sous le surnom « Johnson le mangeur-de-foie ». Le film est présenté en compétition officielle au festival de Cannes 1972. Il connaît un succès aussi bien commercial que critique.

Synopsis : Fuyant la civilisation de son pays, un Américain décide de vivre seul dans le climat rude des Montagnes Rocheuses. La cohabitation avec l’une des tribus indiennes se dégrade lorsque, après avoir porté assistance à un convoi militaire, sa famille fait l’objet de lourdes représailles. Sa vengeance et son courage en font une figure légendaire.

Dans les années 1850, Jeremiah Johnson, ancien militaire, décide de fuir la violence des hommes et la civilisation pour gagner les hauteurs sauvages des montagnes Rocheuses. Mal préparé à cette rude vie, il connaît des débuts difficiles ; jusqu’au jour où il fait la rencontre de « Griffes d’Ours », un vieux chasseur de grizzlis qui lui apprend le dur métier de trappeur et les coutumes des Indiens.

Un jour, Jeremiah découvre une cabane dont les occupants pionniers ont été massacrés par des Indiens. À la demande de sa mère devenue folle à la suite de ce traumatisme, Jeremiah recueille alors un jeune garçon survivant de cette tuerie, et le nommera Caleb. Peu après, les deux personnages font la rencontre de Del Gue, un chasseur cynique et malhonnête et chauve de circonstance (pour éviter d’attirer l’attention sur son scalp), détroussé et enterré jusqu’au cou par les Indiens Pieds-Noirs. Ce dernier récupère ses effets avec l’aide de Jeremiah et scalpe trois Indiens de la tribu en guise de vengeance.

Au début des années 1970, le western avait évolué vers deux sous-genres antagonistes, d’un côté le « western spaghetti », de l’autre une série de films qui tentaient de peindre sous un jour réaliste l’histoire du Wild West américain. La vie d’un personnage historique, Joe Johnston dit Crow Killer (« tueur de Corbeaux »), a d’ailleurs servi de modèle à celle du héros… Hollywood l’avait prudemment inaugurée en ce qui concerne les Indiens – Les Cheyennes (Cheyenne Autumn, 1964, de John Ford) –, ou les trappeurs – La Dernière Chasse (The Last Hunt, 1956, Richard Brooks) –, et lorsque Sydney Pollack s’attaqua à Jeremiah Johnson, Arthur Penn avait déjà réalisé Little Big Man (1967) et Elliot Silverstein Un homme nommé cheval (A Man Called Horse, 1970) – Michael Cimino et Clint Eastwood reprendraient le flambeau plus tard. Cependant, la structure du film de Pollack le rapproche aussi d’un genre fort à la mode à l’époque de sa sortie, le road-movie. Jeremiah se comporte en effet comme les héros des épopées beat et hippy du siècle qui succédera au sien, il « fait la route ». Des rencontres çà et là le retiennent quelques jours, il chemine parfois en compagnie de quelqu’un, mais toujours il repart, comme dans Easy Rider (Dennis Hopper, 1969) ou Point Limite Zéro (Vanishing Point, 1971, Richard T. Sarafian). Fatigué de la civilisation, Jeremiah cherche dans les grands espaces infoulés une authenticité que ses alter ego beat et hippy entreprendront de trouver dans les philosophies d’Extrême-Orient… Apocalypse Now, surtout dans sa version longue, reprendra cinq ans plus tard la structure du road-movie d’une façon qui le fera ressembler à Jeremiah Johnson, « coïncidence française » en prime : comme le héros du film de Coppola remonte l’histoire du Vietnam en suivant un fleuve qui le mène à d’anciens colons français, Jeremiah remonte l’histoire du Grand Nord américain en suivant une piste qui le mène a des Indiens chrétiens auxquels des missionnaires ont appris le français…

Ciné-club en baie présente,le dernier trimestre de sa saison

Prochaine séance Le vendredi 15 Avril 20h30.Diffusion film GB de Alexander Mackendrick (1955) avec Alec Guinness,Cecil Parker, Peter sellers et Herbert Lom

Synopsis : Le commissariat de police de la petite ville de Richmond a l’habitude de la visite de Margaret Wilberforce, veuve d’un officier de marine, et de ses histoires à dormir debout. Un jour, le digne professeur Marcus loue une chambre à la vieille dame où, tous les soirs, il répète avec ses amis « musiciens » un menuet de Boccherini. En réalité, ils préparent le hold-up du siècle…

Tueurs de dames reste un exemple parfait de la marque de fabrique Ealing : personne n’est vraiment ce qu’il prétend être dans cette histoire. Ni le groupe de musiciens cachant un gang de braqueurs de banque, ni la mamie innocente qui les héberge, se révélant être une manipulatrice de génie. Jeu de massacre dans tous les sens du terme, Tueurs de dames, son humour noir, ses coups bas, et la virtuosité de ses interprètes confirme le sens du rythme et le génie du comique de situation chez Ealing. Les deux étant restés à ce jour inégalés.
Robert Benayoun, écrivain et critique, à la sortie du film : « Peut-on rire de la mort violente ? Cette délicate question que vingt traités de morale repousseraient, trouve en ce film, comme en son prédécesseur, le prodigieux Noblesse Oblige, une réponse dépourvue d’emballages. Et si la subversion, l’humour noir, le déclic de l’absurde, et le sens du ridicule vous épouvantaient, tentez un peu, pour voir, de rester insensible au Tueurs de dames » Joel et Ethan Coen en feront un remake en 2004, Ladykillers, avec Tom Hanks dans le rôle d’Alex Guinness.

https://www.dvdclassik.com/critique/tueurs-de-dames-mackendrick

Bande annonce https://www.youtube.com/watch?v=gc3_A0m9iPo

Ciné-club en baie diffuse « Béliers » un film Islandais de Grímur Hákonarson vendredi 18 Février 20h30 Espace François Simon (45 rue Division Leclerc Carolles)

Synopsis

Dans la campagne austère d’Islande, un village reculé vit de manière séculaire de l’élevage des moutons. Les paysans, qui constituent une communauté solidaire, aiment leurs moutons comme des enfants et organisent chaque année un concours de la plus belle bête. Gummi et Kiddi, deux frères célibataires âgés et hirsutes, qui vivent dans deux maisons voisines en s’ignorant et en se haïssant, ne se sont plus parlé depuis quarante ans. Malgré cette mésentente, ils gèrent chacun de leur côté, sans se parler, la ferme de leur père disparu, constituée de plusieurs centaines de moutons. Dans ce paysage où la vie et la tradition semblent immuables, une très mauvaise nouvelle tombe comme un couperet : certaines bêtes de la vallée, contaminées par l’importation d’ovins d’Angleterre, sont atteintes de la tremblante du mouton et les services sanitaires seront intransigeants et intraitables. Alors que la torpeur s’installe dans le village et que l’avenir s’assombrit pour tous, les deux frères ennemis seront-ils capables de vaincre leur haine pour surmonter cette épreuve ? 

Dans des paysages islandais hivernaux aussi beaux que désolés, le réalisateur Grímur Hákonarson met en scène avec beaucoup de délicatesse et d’empathie pour ses personnages une histoire inspirée en partie par ses souvenirs de jeunesse. Une tragédie intimiste filmée comme un documentaire où l’on voit se déchirer ces deux hommes que pourtant tout relie : le sang, mais aussi l’amour des moutons, la solitude, l’isolement et le risque de tout perdre. Béliers est un drame mais c’est aussi un film rempli d’humanité, de tendresse ; des sentiments qui vont se matérialiser à travers quelques scènes fortes, des situations tragi-comiques incroyables (qui évoquent assez le cinéma de Kaurismaki) où les deux frères, vous vous en doutez, vont devoir s’entraider pour faire face au malheur.

Le mouton islandais est une des espèces les plus pures et les plus anciennes du monde. Depuis 1000 ans, ils sont élevés pour leur laine et leur viande, les Islandais les nomment. : « Les gigots sur pattes ».

Ce magnifique film a été tourné à Bardardalur, au nord-ouest de l’Islande, qui est un endroit très sauvage où l’élevage est encore le premier secteur d’activité de la population. Dans ce comté, deux frères, Gummi et Kiddi se font une guerre sans merci par jalousie et plombent l’ambiance du village. Chacun estime avoir les plus beaux spécimens de la race Viking et accuse l’autre de tricherie. Ces deux vieux agriculteurs ne se parlent plus depuis 40 ans. Mais un sombre événement va les obliger à collaborer.

Le réalisateur nous présente ces deux personnages lors d’un concours agricole destiné à récompenser le plus beau bélier de la vallée. Les deux paysans se retrouvent une fois de plus finalistes. Après de nombreuses délibérations, le jury annonce Kiddi grand vainqueur. N’acceptant pas la défaite, son frère rejoint la bergerie et décide de contrôler à nouveau la bête gagnante. Lorsqu’il découvre que celle-ci est porteuse d’un virus mortel, il n’a pas d’autre choix que d’en informer les organisateurs…

Les animaux ont une grande importance dans ce long-métrage, la caméra les suit dans les pâturages mettant en évidence leur laine épaisse, leurs cornes ainsi que leurs bêlements constants. Ils sont dorlotés et traités avec respect par leurs propriétaires. Ceux-ci portent fièrement le traditionnel pull en laine noir et blanc.

Ce film traite d’un sujet actuel qui préoccupe beaucoup les Islandais, celui des épidémies dont fait partie « la tremblante ». Si de nombreux moutons sont exportés à l’étranger, il est, par contre, strictement interdit de faire entrer un mammifère sur l’île. Les béliers sont les descendants des animaux importés par les colons, ils n’ont jamais été croisés. Il y a environ 600’000 moutons sur l’île, pour 300’000 habitants.

Grimur Hákonarson qui a grandi en milieu rural islandais, s’est inspiré de son propre vécu et des gens qu’il a connus pour mettre en scène ce film agricole. Il a exigé des deux acteurs principaux qu’ils effectuent, en amont du tournage un travail de documentation sur ce milieu, que ce soit sur le terrain ou non. Ils devaient tout faire pour être crédibles dans la peau de leurs personnages.

Selon le réalisateur, la principale difficulté a été la météo imprévisible, l’équipe du tournage a constamment dû s’adapter aux conditions météorologiques. «Béliers» a reçu le 1er prix au 68ème Festival de Cannes dans la catégorie « Un certain regard » en 2015, il a aussi été nominé la même année à l’European Film Awards ainsi qu’au Festival Jean Carmet des seconds rôles à Moulins en France.

BÉLIERS est un beau film, un film que l’on admire de voir sur grand écran. Les gorges et les vallées islandaises, on les prend en face. Le drame se noue donc au creux d’une carte postale, le bonheur est loin du pré. Les ruraux y sont abandonnés par le gouvernement, trop loin, trop occupé à leur verser une compensation misérable pour leur sacrifice. N’y-a-t-il par une dimension profondément religieuse dans cette histoire ? Avec leurs barbes démesurées et leurs cheveux hirsutes, Gummi et Kiddi sont tels des prophètes dans leur désert glacé, tenant bon malgré la souffrance. Ils viennent de saigner leurs animaux à la manière d’un don pour un dieu auquel ils ne croient pas vraiment (aucun animal n’a été blessé pendant le tournage, bien sûr). Il faut en effet avoir la foi pour continuer, s’accrocher en dépit de la perte de tout.

« On comprend désormais pourquoi Cannes s’est emballé pour BÉLIERS. »

Jusque-là pourtant, le film ne sort pas des sentiers connus. Des querelles familiales, qui plus est dans les milieux campagnards, et fussent-elles islandaises, ne sont pas un thème follement original. C’était avant les deux dernières scènes, conclusions magistrales que l’on taira ici afin de laisser au moins un goût d’inattendu. Dans leur simplicité, leur éblouissante image, leur métaphore délicate et avec les arguments que seule l’Islande aurait pu proposer dans cette situation, elles achèvent l’aventure fraternelle et bouclent la boucle. Ces derniers 10% donnent aux 90% précédents un impact que l’on espérait plus. Si la première impression est généralement la plus importante, l’ultime sensation fait tout autant pour conférer à une œuvre son potentiel et le ressenti qu’elle aura.

Cet ultime plan, je le garderai en mémoire longtemps, parce qu’il est humble, parce qu’il prend à la gorge et résout le problème, parce qu’il est sans prétention. Par lui, par le récit qu’il éclaire, on comprend désormais pourquoi Cannes s’était emballé pour BÉLIERS. Ce qui prouve, si besoin était d’ailleurs de le confirmer encore, que le cinéma islandais a de belles choses à offrir, à qui sait regarder, à qui sait apprécier.

 

 



 

 

 

 

 

 

Ciné-club en baie présente un film de Karim Aïnouz « La Vie Invisible d’Euridice Gusmāo »Projection vendredi 21 janvier 2022 à 20h30 à l’Espace François Simon Carolles (45 rue Division Leclerc)

Un film féministe

Il est probable que vous ayez entendu parler des telenovelas,  ces feuilletons télévisés mélodramatiques très populaires en Amérique du Sud. Peut-être même en avez vous déjà vus ! Le Brésil en est très friand et, par certains côtés, le film brésilien La vie invisible d’Eurídice Gusmão n’en est pas très éloigné. Sauf que l’intrigue est concentrée sur 139 minutes et non sur 200 épisodes de 40 minutes chacun. Sauf que, loin d’avoir une vision machiste de la femme comme c’est souvent le cas dans les telenovelas, le film, au contraire, s’affirme résolument féministe. Certes, les deux sœurs s’avèrent fort différentes, Eurídice, tout en étant du côté de la raison, ne se résignant jamais face à un mari qui, sans arrêt, cherche à entraver ses projets alors que Guida est une femme de pulsion qui cherche avant tout à être libre. Invisibles, tel était le sort de la plupart des femmes dans les années 50 dans un pays comme le Brésil. Invisibles, tel est le sort de beaucoup trop de femmes, encore à notre époque, un peu partout dans le monde. C’est ce que Martha Batalha a cherché à montrer dans son roman, ce que Karim Aïnouz montre dans son film.

Karim Aïnouz,
Film annonce

 

Ciné-club en baie présente « Les Recettes du Bonheur » film de Lasse Hallström au nouvel Espace François Simon à Carolles (45 rue Division Leclerc) Diffusion:Vendredi 17 décembre 20h30

(Adaptation du roman Le voyage de cent pas de Richard C. Morais)

Synopsis

Hassan Kadam a un don inné pour la cuisine : il possède ce que l’on pourrait appeler « le goût absolu »… Après avoir quitté leur Inde natale, Hassan et sa famille, sous la conduite du père, s’installent dans le sud de la France, dans le paisible petit village de Saint-Antonin-Noble-Val. C’est l’endroit idéal pour vivre, et ils projettent bientôt d’y ouvrir un restaurant indien, la Maison Mumbai. Mais lorsque Madame Mallory, propriétaire hautaine et chef du célèbre restaurant étoilé au Michelin Le Saule Pleureur, entend parler du projet de la famille Kadam, c’est le début d’une guerre sans pitié. La cuisine indienne affronte la haute gastronomie française. Jusqu’à ce que la passion d’Hassan pour la grande cuisine française – et pour la charmante sous-chef Marguerite – se combine à son don pour orchestrer un festival de saveurs associant magnifiquement les deux cultures culinaires. Le charmant village baigne désormais dans des parfums débordants de vie que même l’inflexible Madame Mallory ne peut ignorer. Cette femme qui était autrefois la rivale d’Hassan finira par reconnaître son talent et le prendre sous son aile…
Lasse Hallström nous offre un cinéma délicat et tendre. « Les Recettes du Bonheur » relève le défi et nous propose ce joli film culinaire, plein de couleurs et de sensibilité. Les situations sont cocasses et les comédiens s’amusent, Helen Mirren de nationalité Britannique se glisse avec élégance dans ce rôle de composition. En célèbre Chef française elle est parfaite, tout d’abord coincée et de plus en plus attachante..
Une très belle performance de la famille indienne au complet, chaleureuse et enflammée, notamment Om Puri en père de famille façon Galabru hindou et Manish Dayal qui joue Hassan avec justesse.

https://www.leblogducinema.com/critique/critique-film/critique-les-recettes-du-bonheur-brouillon-39108/

Ciné-club en baie présente un film de Pawel Pawlikowski « Cold War ».Diffusion vendredi 19 Novembre 20h30 à salle polyvalente Espace François Simon(45 Rue Division Leclerc Carolles)

Un grand mélo musical       en noir et blanc

2018 Pologne – France Réalisé par Paweł Pawlikowski 1h27 avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Borys Szyc

Pawel Pawlikowski filme une histoire d’amour entre une chanteuse et un pianiste en ex-Europe de l’Est. Un mélodrame servi par un noir et blanc somptueux et dans lequel la musique occupe le premier plan.

Elle et lui, si différents l’un de l’autre. Lui, Wiktor, citadin consciencieux et instruit, est un pianiste talentueux, mais un rien désabusé. Elle, Zula, spontanée, plus jeune, venant d’une province reculée de la Pologne, ne se pose pas de questions : elle avance en improvisant. C’est un diamant brut. Débarquant comme une touriste pour une audition, elle ignore la chanson qu’elle va y présenter. Elle se greffe à une autre candidate pour chanter avec elle. Lui, dans le jury avec une collègue, l’écoute. Intrigué, désireux d’en savoir plus, il lui demande de chanter seule. Le voilà pris dans les filets de la sirène.

Cette audition, c’est pour un spectacle traditionnel de chant, danse et musique. Du folklore polonais que Wiktor et Irina, tous deux enseignants dans une école, souhaitent mettre en majesté à Varsovie. Pour cela, dans le froid, en véritables ethnographes, ils ont battu auparavant les campagnes profondes, le micro tendu, pour enregistrer de vieilles chansons verna­culaires. Ces séquences de chasse au trésor patrimonial, à forte teneur documentaire (genre dans lequel Pawel Pawlikowski a commencé sa carrière), sonnent juste par leur réalisme, la mise à nu d’habitants divers — un duo de vieux paysans, une fillette… — chantant a cappella ou accompagnés d’instruments traditionnels. La musique est centrale dans Cold War. Loin de servir d’appoint, elle habite et habille les deux amoureux, le pianiste et la chanteuse. Elle les dépasse même, de par son caractère séculaire.

A l’unisson de cette musique, le film décolle et plane souvent, en sautant les années. Le diamant maintenant ­poli est devenu la star de la troupe, ­attendue à Berlin. Wiktor, qui supporte de moins en moins le régime stalinien, propose à Zula de passer à l’Ouest. On est en 1952, c’est encore possible. Mais il passe seul la frontière, sa bien-aimée ne venant pas au rendez-vous. Par manque de courage ? Par peur du désamour ? Ou parce qu’elle entrevoit un autre destin pour tous les deux ? Celui d’une histoire d’amour impossible mais qui dure. Le sujet est ancien, mais Pawel Pawlikowski l’enrichit de manière élégante et bouleversante, en l’associant étroitement à la guerre froide. Une guerre qui pèse et empêche, mais aussi, c’est tout le paradoxe, qui aiguise, alimente, reflète même parfois cette passion. Dans la bohème de Paris, en Yougoslavie et en Pologne, de 1952 à 1964, Wiktor et Zula ne cessent de se quitter pour mieux se retrouver. Le cinéaste filme cet amour comme une malédiction, à travers des scènes où le plaisir et la ­mélancolie ne font qu’un. Des scènes à la fois intenses et un peu irréelles, comme les fragments distanciés d’un rêve ou d’un passé dont on ne voudrait garder que les souvenirs essentiels, douloureux et heureux.

“Je t’aime à la ­folie, mais je vais vomir.”

Le noir et blanc, signé par Lukasz Zal comme dans Ida, fait encore la différence. Terne, mat, en Pologne. Nettement plus contrasté à Paris, très ensoleillé ou satiné la nuit, où Wiktor joue dans un club de jazz. Ce noir et blanc de haute tenue, c’est la moindre des choses pour honorer un tel couple, infernal et céleste, inspiré par les propres parents du réalisateur, auxquels il dédie son film. Pawel Pawlikowski en fait des personnages de pur mélodrame, rejoignant la magie du cinéma muet — chaque réappa­rition de Zula, dans l’encadrement d’une porte, tient du miracle. Tomasz Kot, tout en charisme taciturne, compose un pygmalion fuyant, passif. C’est elle, son égérie, qui mène la danse. Elle qui comprend tout très vite, qui se bat. A cette héroïne entière, charnelle, Joanna Kulig apporte beaucoup d’énergie, d’émotion et de vo­lupté, telle une Marilyn de l’Est. Elle se dépense sans compter, exubérante, excessive, auguste et pathétique — lorsque, sortant de scène, ivre, elle se précipite vers Wiktor : « Je t’aime à la ­folie, mais je vais vomir. »

Cette réplique piquante a un double sens. Car des actes dégoûtants, des persécutions ou des compromissions, il y en a dans le film, et des deux côtés du rideau de fer. Elles sont néanmoins rendues presque dérisoires au regard des deux cœurs qui battent la chamade et se déchirent. Un moment, on voit Zula et Wiktor descendre d’un bus, au milieu de nulle part. On pense à La Mort aux trousses, de Hitchcock. Mais nul avion ne foncera vers eux. C’est un ultime franchissement de frontière qui les attend.